Refaire une toiture qui porte des panneaux solaires veut dire les déposer, faire les travaux, puis les reposer et les rebrancher. Le risque, au remontage, est électrique et invisible depuis le sol : une chaîne de panneaux (string) restée débranchée, un optimiseur qui n’a pas été réappairé, un connecteur mal enfiché, ou l’ordre de câblage changé. Rien de tout cela ne déclenche ni code défaut ni message d’erreur : l’onduleur redémarre, l’application affiche une production, et seul le total quotidien, comparé aux jours qui ont précédé le chantier, montre qu’il manque une partie du toit.
Qui fait quoi : couvreur, électricien, installateur photovoltaïque
Poser une toiture et raccorder une installation électrique sont deux métiers, et le tarif d’achat le montre : pour y rester éligible, l’installateur doit être qualifié ou certifié en photovoltaïque. Les qualifications retenues, Quali PV36 et QualiPV500, portent sur un « module électricité » délivré par Qualit’EnR ; la qualification QualiPV « module Bât » (bâtiment, donc toiture) ne suffit pas seule, précise photovoltaique.info dans sa page sur les signes de qualité d’un installateur.
Sur un chantier de toiture, la personne qui dépose et repose les panneaux n’est donc pas forcément celle qui doit s’occuper du rebranchement électrique et de la remise en service. Si le couvreur affirme s’occuper de tout, demandez-lui, avant le début du chantier, qui, dans son équipe, détient la qualification électrique.
Ce qu’il faut fixer avant le début des travaux
Quatre questions valent la peine d’être posées et actées par écrit avant que quiconque touche à un panneau :
- Qui dépose ? Le couvreur seul, ou avec l’installateur photovoltaïque présent pour débrancher proprement les connecteurs et repérer chaque panneau et chaque câble avant qu’ils ne soient mélangés.
- Qui stocke les panneaux, et où ? Le devis devrait dire qui en a la garde pendant la durée des travaux.
- Qui reconnecte ? Voir la section précédente, et faites-le confirmer explicitement si le couvreur affirme s’en charger lui-même.
- Qui remet en service et vérifie ? Rebrancher les câbles n’est que la moitié du travail ; l’autre moitié consiste à vérifier que chaque chaîne, chaque optimiseur ou chaque micro-onduleur produit de nouveau individuellement avant que quiconque ne quitte le chantier (voir plus bas).
La garantie du fabricant des panneaux peut aussi être en jeu : relisez-la avant le chantier plutôt qu’après un problème. Un exemple : la garantie limitée de REC Group pour ses séries AE, PE et JT ne rembourse aucun coût de main-d’œuvre lié à la dépose, à la réinstallation ou au transport du produit en vue d’une réparation ou d’un remplacement. Elle exclut les dommages causés par « toute réparation, modification ou dépose du Produit effectuée par une personne autre qu’un technicien d’entretien qualifié », et retirer l’installation de la structure ou de la propriété d’origine peut affecter la transférabilité de la garantie à un futur propriétaire. Votre fabricant peut dire autre chose : relisez le certificat qui accompagne vos panneaux.
Si l’installateur photovoltaïque d’origine n’est plus joignable ou a cessé son activité, le guide sur un installateur en liquidation explique comment identifier qui peut intervenir à sa place et faire valoir les garanties qui restent valables.
Faut-il une nouvelle attestation Consuel ?
Deux cas, et seulement deux, déclenchent officiellement l’obligation d’une nouvelle attestation de conformité électrique : une hausse de la puissance de production « majorée de 10 % », et « toute modification de branchement avec changement de domaine de tension : “BT en HTA” ou “HTA en BT” ». Le référentiel de mise en conformité pour une installation photovoltaïque est le guide UTE C15-712-1 sans batteries, la norme XP C15-712-3 avec batteries.
Ces deux cas ne visent pas explicitement la dépose et la repose des mêmes panneaux, sans changement de puissance ni de domaine de tension. Si votre situation s’en écarte (panneaux différents, onduleur changé en même temps, puissance modifiée), vérifiez auprès de Consuel ou de votre installateur avant de considérer le dossier clos.
Un cas voisin, à ne pas confondre avec une repose à l’identique : si un changement de panneaux est traité comme une modification formelle de votre contrat d’achat EDF OA, la poursuite du contrat est conditionnée à la fourniture d’une nouvelle attestation de conformité, délivrée par un organisme agréé.
Les trois garanties légales, et où elles s’arrêtent
Une installation photovoltaïque, comme tout ouvrage de construction, est couverte par trois garanties légales dont la durée court à partir de la réception des travaux : un an pour la garantie de parfait achèvement, pendant laquelle le professionnel « est tenu de se déplacer et de réparer à ses frais tout désordre signalé par le maître d’ouvrage » ; deux ans pour la garantie biennale, qui oblige à « réparer ou remplacer tout équipement de l’ouvrage qui fait défaut » mais « ne couvre pas la mise en œuvre des équipements indissociables » ; et dix ans pour la garantie décennale, qui porte sur les dommages compromettant la solidité de l’ouvrage ou le rendant impropre à sa destination (l’infiltration d’eau en est l’exemple cité), et qui « couvre les équipements indissociables ».
Les fiches de Service-Public sur la garantie décennale (F2034, F2958) donnent la même chronologie d’un, deux et dix ans. Chaque professionnel n’est engagé que sur son propre contrat avec vous, son « contrat de louage d’ouvrage ».
Pour des travaux de toiture avec dépose et repose de panneaux, mieux vaut demander à chaque professionnel, par écrit et avant le début du chantier, quelle garantie couvre sa part des travaux : l’étanchéité de la toiture d’un côté, le raccordement électrique de l’autre. Si une fuite apparaît après les travaux, ou si une chaîne de panneaux ne produit plus rien, le bon interlocuteur dépend de la nature du désordre : d’où l’intérêt de l’avoir fixé par écrit avant la fin du chantier.
Ce que la remise en service devrait vérifier
Une fois les câbles rebranchés et les boîtiers de jonction refermés, il faut vérifier que chaque chaîne de panneaux, chaque optimiseur ou chaque micro-onduleur produit de nouveau individuellement, et pas seulement que l’onduleur affiche un chiffre de production global. C’est là qu’un défaut de ce type peut se loger après un chantier de toiture : un onduleur qui redémarre normalement et une application qui affiche une production peuvent très bien coexister avec une chaîne restée débranchée, un optimiseur qui n’a pas été réappairé après le remontage, un connecteur mal enfiché qui tient à peine, ou un ordre de câblage changé qui regroupe différemment les panneaux d’une même chaîne. Rien de tout cela ne déclenche un code défaut : l’onduleur voit une puissance d’entrée plus faible et la reporte fidèlement, sans erreur à afficher.
Depuis le sol, ou en consultant l’application le soir même des travaux, l’installation a toutes les chances de paraître normale. Contrairement à une panne franche, ce défaut ne déclenche aucun signal ; seul le total de production quotidien le montre.
Vérifier soi-même avec ses propres chiffres de production
La méthode ne demande pas d’outil particulier : l’application de suivi ou le relevé mensuel donne la production quotidienne en kWh, parfois détaillée panneau par panneau ou chaîne par chaîne selon le matériel installé. Voir le guide pour lire sa production quotidienne. Comparez les jours qui suivent la remise en service aux jours qui ont précédé le début des travaux, à la même saison, et non d’une saison à l’autre, car la hauteur du soleil change avec les saisons. Si la production totale reste nettement plus basse alors que le ciel était comparable, la cause la plus probable est justement ce qu’aucun code défaut ne signale : quelque chose n’a pas été rebranché ou réappairé correctement au remontage. Le guide sur la perte de production photovoltaïque détaille cette comparaison en tenant compte de la météo, chaîne par chaîne. Solmiro la fait pour vous chaque jour : il calcule ce que la météo au-dessus de votre toit permettait, et vous écrit quand la production reste nettement en dessous ou s’arrête. La connexion est gratuite.
Si l’onduleur reste hors ligne après les travaux (pas de communication du tout, pas de données récentes dans l’application, plutôt qu’une production simplement plus basse), c’est un cas différent, couvert par le guide de diagnostic quand l’onduleur est hors ligne.